Je vais vous présenter un compositeur qui a pour moi deux grands intérêts. Le premier est purement artistique, sa musique étant à la fois novatrice et envoûtante. Le deuxième est historico-politique : en effet, je ne me gène pas à faire taire les contrevérités dès que l'occasion se présente. Le Roi Soleil exposé en despote dans les livres d'histoire de la déséducation nationale était un homme de très grand goût et qui savait récompenser le mérite. Il est faux de penser que quand on ne naissait pas dans une bonne famille on était voué à une existence misérable. Lully est un exemple parmi d'autres de réussite non déterminée et d'excellence culturelle de la France du XVII° siècle qui rayonnait sur le monde. Le siècle des lumières était non pas le XVIII° mais le XVII°.
Né le 28 Novembre 1631 d'un père Florentin, Giovanni Battista Lulli deviendra sous le nom de Jean-Baptiste Lully celui qui révolutionnera la musique au XVII° siècle et influencera par la suite les non moins célèbres Purcell de l'autre côté de la Manche, Hendel ou même le génialissime Johann Sebastian Bach. Nous lui devons la tragédie lyrique, le Grand Motet ou l'ouverture à la Française. Lully avait un tel talent et était tellement apprécié de Louis XIV qu'il fallut attendre sa mort pour que d'autres artistes très doués sortent de l'ombre comme par exemple Charpentier ou Couperin. Notons cependant que Lully propulsa le célèbre violiste Marin Marais.
Lully naquit dans une famille humble et intégra la France sous la tutelle du Chevalier de Guise pour qu'il aide sa nièce Mademoiselle de Montpensier à parfaire son italien.
Il montra vite un grand talent pour la musique et en particulier pour la guitare, le violon et le clavecin. Son talent de danseur attira aussi l'attention et en 1653 il dansa avec le Roy en personne dans « Le Ballet de la Nuit ». Ayant composé un air satyrique sur la Mademoiselle il fût renvoyé mais ayant déjà gagné l'attention du jeune Roy Louis XIV, il joint la court royale.
Parfait courtisan et doté d'un esprit aiguisé, ajouté à son amitié avec le Roy, Lully devint très vite le plus puissant et fameux compositeur français. Il devint Compositeur de la Musique instrumentale de la Chambre.
En 1656 il reçut son propre orchestre – « Les Petits Violons » - et en 1661 il reçut le titre de Surintendant de la Musique de la Chambre.
Il gagna aussi en pouvoir et en 1672 il était à la tête de l'Académie Royale de Musique et devait donner sa permission à toute pièce qui voulait être jouée. L'amende pouvait atteindre 10 000 livres et la confiscation du théâtre, des instruments et des costumes...
Cependant les œuvres de Lully démontrent qu'il était tout sauf un opportuniste sans talent, bien au contraire. Son héritage et son influence, en particulier en matière d'opéra, par exemple avec le célèbre Atys (opéra à la gloire de Louis XIV dans le but de le divertir avant de partir en guerre) influencèrent les prochains génies.
Malheureusement ce qui reste aujourd'hui auprès du grand public (donc médiocre) de Lully reste sa mort : Menant le Te Deum, il se frappa le pied avec une grosse canne qui était utilisée pour battre le rythme. Il attrapât la gangrène et mourut le 22 mars 1687 laissant un héritage musical colossal dont le niveau de perfection sera difficilement reproductible.
Récemment, le musicien de grand talent Jordi Savall (nous rédigerons une éloge complète prochainement), a enregistré un disque appelé L'Orchestre du Roi Soleil reprenant des œuvres de Lully. Comme à l'habitude, il nous propose une interprétation divine doublée à une qualité d'enregistrement époustouflante qui ravira les audiophiles les plus exigeants. Le disque est au format hybride CD et SACD. Je recommande aussi chez Harmonia Mundi les enregistrements de Atys et du Bourgeois Gentilhomme.
En espérant avoir donné envie aux lecteurs non avertis de tendre l'oreille. Bonnes écoutes.
CAIVS•GREGORIVS•CAESAR•DIVI•FILIVS•IMPERATOR